charles-manianUn récent texte de Charles Manian (et de Togoata Apedo Amah) était présenté à l’espace culturel Fil Bleu la semaine dernière. Un nouveau rendez-vous s’annonce le vendredi 16 mai 2014 au Goethe Institut avec la présentation sur scène d’une adaptation de « Carré blanc sur fond noir » à ne rater sous aucun prétexte…

À cette occasion, redécouvrons cet entretien réalisé l’an passé…

«C’est vrai qu’on ne se rencontre pas trop souvent mais il y a de nouvelles choses qui naissent dans le théâtre contemporain et qui avantageront tout le monde sans discrimination».

Auteur écrivain de nationalité belge, Charles Manian est très connu pour son inspiration assez fluide. Ses écrits qui décrivent la plupart du temps les problèmes auxquels les Noirs sont confronté et surtout l’immigration clandestine, n’ont pas de frontière. Avant même qu’il ne foule le sol togolais il y a quelques mois, ses œuvres ont été déjà connues au Togo grâce aux acteurs comme Alpha Ramsès, Marc Agbédjidji, pour ne citer que ceux-là. Lors d’une visite à Lomé, visite au cours de laquelle il eu l’occasion de suivre l’un de ses textes mis en scène au Goethe-Institut de Lomé, Charles Manian nous a accordé l’interview dont voici le contenu.

Qui est Charles Manian ?

Je suis de la Belgique, je travaille beaucoup avec les amis acteurs africains depuis une dizaine d’années déjà. Avec les acteurs du théâtre togolais, on a commencé à travailler avec le « Fil noir ». Un jour, un réfugié africain qui a atterri en Belgique, m’a raconté son histoire, telle qu’il l’a vécue. En essayant de l’accompagner dans les rues, j’ai vu la façon dont les gens l’ont regardé et j’ai écouté ce que les gens ont dit de lui. Donc, je suis bouleversé, ce qui a donné naissance à ce roman intitulé « L’épinard ». J’ai écrit aussi « Carré blanc sur fond noir » qui raconte aussi mon histoire. J’ai rencontré un Togolais en Belgique, et après rencontre, nous sommes venus ensemble au Togo dont je foulais le sol pour la première fois. Arrivé ici, nous avons écrit le roman pour décrire ma découverte. L’année dernière, je suis revenu ici, j’ai rencontré des clandestins qui montaient à bord des bateaux et qui avaient été refoulés. C’est à la pièce « Mélancodo » que je fais allusion.

Justement, qu’en est-il de « Mélancodo » ?

Cette pièce qui est jouée le 30 novembre 2012 au Goethe-Institut de Lomé, est le fruit d’un travail ardu avec des acteurs togolais comme Basile Yawanké et David Ganda. Ce qui m’a le plus poussé à faire présenter cette au Togo premièrement, c’est qu’il est imprégné de l’univers africain ou togolais, si vous le voulez, le personnage principal, Edo, n’est pas un européen ! Elle a quelque chose de spécifique. Alpha Ramsès m’a confié ceci : j’ai remarqué que les auteurs européens s’intéressent aujourd’hui aux africains dans leurs écrits.

 

Est-ce donc une réalité ?

Oui, il a dit la vérité car, les auteurs et acteurs européens et africains se comprennent désormais, le résultat ne peut qu’être cela. Il y a aujourd’hui des rapports égalitaires entre l’Europe et l’Afrique, on a des échanges équitables, les choses ne sont plus comme hier où un seul continent en profite. C’est vrai qu’on ne se rencontre pas trop souvent mais il y a de nouvelles choses qui naissent dans le théâtre contemporain et qui avantageront tout le monde sans discrimination.

 

A votre arrivée ici, comment trouvez-vous l’univers théâtral du Togo où vos pièces sont jouées à plusieurs reprises ?

J’ai toujours dit que dans le théâtre africain, il y a quelque chose de particulier. C’est un théâtre total, c’est-à-dire un théâtre qui allie musique, danse et jeu des acteurs sur scène. Il y a quelque chose beaucoup plus vivant dans le théâtre africain que dans celui de l’Europe. Je ne tiens pas une langue de bois. C’est vraiment la nouvelle science du théâtre, c’est une très belle vision et lorsque vous êtes devant une scène en Afrique, au Togo par exemple, vous la vivez, car les acteurs font bouger, dans leurs actions, il y a matière à enseigner.

 

Quels sentiments vous animent lorsque vous suivez la présentation de vos textes sur scène ?

C’est toujours la joie, le sentiment d’avoir créé. C’est la fierté d’avoir rassemblé autour de cette création, une foule, un public immense qui apprécie l’œuvre, qui participe à la scène à sa manière, qui manifeste sa joie, sa satisfaction. Ça fait du bien et ça doit être la même chose chez tous les écrivains dont les œuvres sont mises en scène. Cette ambiance crée une stimulation, l’envie de continuer d’écrire, d’innover. En tout cas, moi, j’ai souvent le sentiment d’un devoir accompli.

 

Réalisée par Kodzo A. Vondoly – Source : http://africinfos.centerblog.net/327-interview-de-charles-manian-ecrivain-belge-